19.12.2011
F. E. Raynal

François Édouard Raynal est né en 1830 et mort à Valence-d'Agen en 1898.
Suite à la ruine financière de son père en 1844, il exerce divers métiers : marin, régisseur de plantation à l'île Maurice, chercheur d'or en Australie et finalement ...fonctionnaire aux impôts.
En 1870 Raynal publie aux éditions Hachette l'ouvrage autobiographique Les Naufragés, ou Vingt mois sur un récif des îles Auckland.
Comme l’indique le titre du bouquin, c’est le récit réel de ces naufragés qui nous est proposé par le principal acteur de ce drame maritime.
Le navire Grafton pris dans la tempête s’échoue sur une île abandonnée. Les naufragés sont au nombre de cinq et tous de nationalité différente (américaine, française, anglaise, portugaise et norvégienne) ils vont y vivre durant vingt mois. Le climat austral est rude, la terre peu accueillante, les ressources maigres, pourtant les hommes vont lentement s’organiser.
Construction d’une maison à partir de tout ce qui pourra être récupéré de l’épave du navire, la chasse aux phoques pour manger, l’entretien du feu et surtout, la mise en place d’un règlement rédigé en commun à l’initiative de Raynal pour poser les bases d’une organisation sociale consentie (tour de rôle des corvées, tâches distribuées en fonction des compétences, plus de supérieur mais un « chef de famille », etc.).
De ses expériences multiples passées, Raynal a acquis de nombreux talents de bricoleur et c’est lui qui motive les troupes par ses initiatives et les améliorations matérielles de leurs conditions de vie ou plutot de survi.
Après de nombreux mois d’attente, ne voyant pas les secours tant attendus venir, Raynal décide de tenter le tout pour le tout, construire un bateau qui les ramènera vers la civilisation. La tâche est énorme, il faut d’abord créer les outils qui permettront cette construction et quand l’embarcation sera terminée, la réussite du projet est loin d’être assurée. Ne pouvant embarquer que trois personnes, deux hommes resteront sur l’île en attendant qu’on vienne les secourir : le plan fonctionnera comme prévu.
(Ironie du sort, dans la même période, à l'autre extrémité de l'île, un navire anglais échoue lui aussi. Sur 19 naufragés, 12 mois après, 3 survivants seront secourrus par un navire espagnol.)
Raynal retrouvera enfin la France après vingt ans d’errance, publie en 1870 ce récit qui connaît le succès ici et à l’étranger, devient membre de la Société de géographie et entre dans l’administration où il fera carrière avant de se retirer dans le Tarn-et-Garonne et décéder de sa belle mort, en 1898.
Ce récit est un témoignage de courage, d'organisation et d'inventivité dans des conditions extrêmes, ce qui n'a pas échappé aux contemporains. Il devint d'ailleurs le livre favori des distributions des prix de fin d'année scolaire, et fut constamment réédité jusqu'à la Première Guerre Mondiale.
Jules Verne s'en est inspiré dans son roman L'Île mystérieuse paru en 1874.
Ressources : Wrecked on a reef ; Les restes de l'épave ; Les restes du camp
21:48 Publié dans Histoire
30.11.2011
Cherry Picking (Tri sélectif des données)
Publiée en décembre 2010 dans le Canadian Medical Association Journal, une des dix revues les plus sérieuses et les plus influentes dans le monde de la recherche médicale, l'étude du Canadien Kenneth Myers a de quoi faire réfléchir. Références à l'appui, il montre que fumer peut entraîner trois conséquences intéressantes pour les cyclistes ou les coureurs de fond. Primo, griller au moins dix cigarettes par jour fait monter le taux d'hémoglobine (qui transporte les molécules de dioxygène dans l'organisme), de 1,4% en moyenne pour les hommes et de 3,5% en moyenne pour les femmes. Un résultat publié dans les Annals of Hematology. Secundo, ce que l'on appelait autrefois "l'herbe à Nicot" (d'où le nom de nicotine) peut, dans certains cas, augmenter la taille des poumons, un objectif important pour les adeptes des sports d'endurance. Tertio, la cigarette constitue un coupe-faim reconnu, qui peut permettre aux athlètes de conserver leur poids idéal en les empêchant de répondre au signal "Mange plus !" qu'envoie l'organisme après tout entraînement physique.
Kenneth Myers est néanmoins surpris : malgré les arguments scientifiques qu'il apporte, développés depuis des années dans de nombreuses études, "les athlètes de haut niveau fument beaucoup moins que la population générale." Etant donné que les bénéfices de la cigarette ne se font sentir qu'à partir d'une certaine dose et qu'au bout de plusieurs années, il suggère donc que les sportifs commencent à consommer du tabac "aussi jeunes qu'il est raisonnablement possible", ce qui risque, admet-il, d'être compliqué puisque de nombreux pays imposent des restrictions d'âge sur l'achat des paquets. Le médecin fait d'ailleurs remarquer que les pays en voie de développement ne se sont mis que tardivement à adopter des mesures analogues. Comme par hasard, ce sont le Kenya et l'Ethiopie qui, chez les hommes, ont trusté toutes les médailles d'or dans les courses d'endurance (du 800 mètres au marathon en passant par le 3 000 mètres steeple) lors des Jeux olympiques de Pékin.
Evidemment, Kenneth Myers ne pense pas un mot de ce qu'il écrit. Son étude n'est pas non plus un canular. Ce médecin canadien a simplement voulu illustrer par un exemple spectaculaire les dérives d'une pratique à laquelle se livrent parfois des chercheurs peu scrupuleux, connue en anglais sous la belle expression de "cherry-picking", littéralement la cueillette des cerises, que je traduirai par "tri sélectif des données". Quand on cueille des cerises, on met dans son panier les beaux fruits et on laisse sur l'arbre les fruits abîmés, qui ne nous conviennent pas. Dans son introduction, que j'ai opportunément gardée pour la fin, Kenneth Myers explique qu'en effectuant ce genre de tri, en ne conservant que les données qui les arrangent et en mettant les autres sous le tapis, certains articles scientifiques"ont le potentiel de créer un argumentaire convaincant en faveur d'une hypothèse erronée. Des corrélations ou des extrapolations impropres peuvent aboutir à des conclusions dangereusement fausses." Mais autant il est aisé, dans un article sur les "bienfaits" du tabac, de pointer ce manquement à l'éthique, autant il est compliqué de le repérer dans la plupart des articles horriblement pointus qui peuplent les revues spécialisées.
14:44 Publié dans Science
23.09.2011
Marie-Angélique...
En septembre 1731, une jeune fille " sauvage " est aperçue pour la première fois dans les environs du village de Songy, à quelques lieues de Châlons-en-Champagne. Des villageois la découvrent grimpée dans un arbre où elle dérobe des pommes : pieds nus, habillée de haillons, le corps tout noir, armée d'une courte massue. Croyant voir le diable en personne, ils envoient un bouledogue pour la déloger. L'animal est tué au sol, d'un unique et précis coup de massue, par la sauvageonne descendue de son arbre, qui s'enfuit en se balançant de branche en branche.
Le noble du village, M. d'Epinoy, ordonne qu'elle soit capturée. Appâtée avec une anguille, elle est saisie et emmenée dans sa propriété. Après avoir subi plusieurs bains, sa peau devient blanche. La captive est examinée avec attention. On lui donne environ 18 ans. Tout en elle paraît extraordinaire. Ceux qui l'observent notent des capacités physiques étonnantes : son agilité, la rapidité de sa course, la vigueur de sa nage, sa résistance au froid. Les pouces de ses mains sont remarquables. Très développés par rapport aux autres doigts, ils lui permettent de s'accrocher aux branches. Son comportement face à la nourriture frappe tous ceux qui l'approchent. Sa manière violente de dépecer et de manger cru, sans mâcher, poulets, grenouilles, poissons, morceaux de boeuf, effraie. Elle dépouille un lapin en un clin d'oeil et l'avale, entrailles comprises.
De même, sa facilité à chasser et pécher à mains nues fascine. Elle peut rejoindre à la course lièvres et lapins et les attraper. Un jour qu'elle ne trouve pas ce qu'elle aime sur la table, elle part comme un éclair, court par les fossés et les étangs et rapporte des grenouilles vivantes dans son tablier que, tout heureuse, elle présente aux convives. Mais l'assemblée affolée jette au sol les grenouilles qui sautent partout. Déconcertée, Marie-Angélique ramasse avec soin tous les batraciens et les remet dans les assiettes !
On raconte que, pour boire, elle absorbe le liquide comme une vache, à quatre pattes. Elle manifeste une véritable aversion à être touchée. Si un individu, notamment de sexe masculin, s'y risque, les témoignages rapportent qu'elle pousse alors de terrifiants cris perçants formés dans la gorge sans mouvements des lèvres, ou même qu'elle le frappe violemment. Un jour, elle étrangle presque un soldat trop empressé. Ses yeux sont décrits comme étant d'une mobilité inconcevable, ce qui lui permet de voir de tous côtés sans tourner la tête.
M. d'Epinoy, son hôte, apprécie la compagnie de la jeune femme. Il s'y attache, et elle se laisse apprivoiser. Toutefois, dès octobre 1731, afin d'éviter des fuites répétées qui la mettent en danger, M. d'Epinoy, en accord avec M. de Choiseul, l'évêque de Châlons, et M. de Beaupré, intendant de la province, se résout à la placer à l'hôpital municipal de Saint-Maur, près de Châlons.
Les symptômes de son " animalité " dérangent la société qui l'observe. Ainsi, son goût pour le sang de lapin et les viandes crues la fait-il passer pour un " vampire ". Les annales historiques de la ville de Châlons font état d'une rencontre - qui faillit mal tourner - entre Marie-Angélique et une jeune femme très grosse venue la voir. Selon les auteurs, " la sauvage " voit la visiteuse en train de dévorer un poulet et la regarde avec des yeux avides. Celle-ci croit qu'elle convoite la bête. Mais le récit rapporte que Marie, se faisant la plus grande violence, avoue que ce n'est pas le gallinacé l'objet de son appétit mais la femme, et qu'" on eut juste le temps de la lui retirer " !
Toujours est-il que la question de son alimentation est un des premiers objectifs de ses éducateurs. La jeune fille carnivore doit devenir un être policé. Désormais, ses nourritures de prédilection, viandes crues, feuilles, racines, lui sont interdites au profit d'aliments cuits, de pain, de sel, de vin. Ce nouveau régime, comme la vie sédentaire, provoque une dégradation de son état de santé. Ses dents et ses ongles tombent (ils sont conservés comme autant de curiosités). Ses forces s'amenuisent, son corps s'affaiblit. Elle se plaint de douleurs insupportables au ventre, à la gorge. On craint même pour sa vie. On décide de la baptiser au plus vite, comme le mentionnent les registres locaux à la date du 16 juin 1732. La jeune sauvage reçoit les prénoms de Marie-Angélique Memmie (premier évêque de Châlons) et pour nom Leblanc.
On retrouve ensuite la jeune femme pensionnaire dans des couvents à Châlons et à Paris. Dès lors, son " humanisation " se fait, son éducation peut commencer. Elle subit l'apprentissage des tâches domestiques et de la couture selon le modèle ordinaire réservé aux femmes. Le tout dans le silence, l'immobilité, la soumission du corps. On peut aisément évaluer la dureté d'une telle initiation pour un être dont l'ordinaire est d'exercer la souplesse de ses muscles et l'excellence de ses capacités physiques. On entreprend aussi de lui enseigner le français et de l'instruire dans la religion catholique. Ses progrès rapides en matière de langage - qui s'expliquent sans doute par le fait qu'elle avait dix ans quand elle s'est enfuie et qu'elle n'était pas seule - permettent de reconstituer partiellement son passé. Elle raconte avoir vagabondé en compagnie d'une autre jeune fille, se construisant des abris dans les arbres, s'exprimant par des gestes, des grognements, des sifflements. Après une dispute, elle aurait blessé sa compagne avec sa massue ; certains récits ultérieurs affirment même qu'elle l'a tuée ; d'autres, dévorée ! Toujours est-il qu'effrayée par son geste, elle se serait sauvée avant d'être retrouvée à Songy. Tout cela se révélera totalement faux, au fil des enquêtes menées ultérieurement.
Grâce aux deux articles parus dès décembre 1731 dans le Mercure de France, l'histoire de la jeune fille sauvage de Champagne se répand dans la capitale puis dans toute l'Europe. Elle devient une attraction, à l'image des monstruosités naturelles montrées dans les foires. Nombreux et variés sont les esprits curieux qui prennent le chemin de Châlons. En 1737, la reine de Pologne, mère de la reine de France, Marie Leszczynska, écrit à sa fille en faveur de Marie-Angélique. Le duc d'Orléans, le fils du Régent, homme d'une grande curiosité, la visite de retour de Metz. En 1744, il prend la jeune femme sous sa protection et lui accorde une pension de 600 livres par an. A la même époque, une domestique en gagne environ 200. Marie-Angélique se rend ensuite dans la capitale pour, semble-t-il, y prendre le voile.
En 1750, on la trouve mentionnée dans le Journal des nouvelles catholiques comme une pensionnaire née " sauvage ", appartenant aux Nouvelles Catholiques de la rue Saint-Anne à Paris. En 1751, elle entre au couvent de Sainte-Perrine à Chaillot, qu'elle quitte en 1752, quand la mort de son illustre bienfaiteur la prive de tout revenu financier. Elle est alors en très mauvais état de santé, mais confiante et portée, selon ses dires, par la foi en Dieu.
La curiosité qu'elle continue de susciter lui permet de conserver des relations dans la haute société parisienne. En septembre 1755, dans la maison de Mme de Luynes, elle rencontre la reine de France pour une audience d'une heure. Cette dernière lui fait cadeau de quelques louis d'or. Par la suite, elle se retrouve à nouveau sur la liste de ceux qui reçoivent une pension royale. Elle meurt le 15 décembre 1775. L'inventaire après décès prouve qu'elle est alors relativement aisée et apprécie vêtements de soie noire et velours. Les vingt chaises présentes dans son appartement témoignent aussi des visites régulières dont elle n'a cessé d'être l'objet jusqu'à la fin de sa vie. Mlle Leblanc ne s'est jamais mariée mais est parvenue à s'insérer dans la société parisienne de son temps. Les articles du Mercure de France constituent les premiers récits sur la découverte de cette jeune fille.
Un nouvel ouvrage, L'Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans, dont l'auteur est Mme Hecquet, paraît en 1761. Il semble bien que ce nom soit le pseudonyme emprunté par le scientifique Charles-Marie de La Condamine. Le naturaliste la rencontre en septembre 1747, alors que la langue française est relativement familière à la jeune femme, et converse avec elle. A la fin du récit, la question de ses origines est développée. Marie-Angélique dit ne conserver aucune mémoire de ses parents. De son pays, elle évoque des huttes couvertes de neige où l'on se tient à quatre pattes : elle parle de l'habitude de monter aux arbres pour se protéger des bêtes féroces et repérer les proies. Elle se rappelle aussi avoir vu dans l'eau une grosse bête avec une tête ronde et de grands yeux étincelants qui nageait avec deux pattes comme un chien. La couleur de son poil court et gris noirâtre, fait penser au loup marin, expression qui désigne alors le phoque commun de ces régions.
Aujourd'hui, après plusieurs années d'enquête basée sur des documents d’archives au Canada, à Marseille et à Châlons, un chercheur, Serge Aroles, a reconstitué l'histoire de Marie-Angélique.
Un jour, dans le Haut-Mississipi (Wisconsin), vers 1712, une indienne de la tribu des Renards voit le jour. Mais en juin 1712, sa nation est battue et massacrée par les Français qui n’épargnent ni les femmes, ni les enfants. L’orpheline est élevée par les siens. Elle connaît les famines des hivers blancs, les guerres entre tribus alliées aux Français ou aux Anglais. Battu une nouvelle fois par les Français en 1717 le chef des Renards, par une simple signature sur un parchemin donne sa terre à la " très Grande Montagne ", le roi de France, ainsi surnommé par les Indiens. Toutes ces batailles ont décimé les hommes et seuls restent les femmes et les enfants. Les fillettes en surnombre sont offertes à d’autres nations autochtones et aux officiers français. La petite indienne dont on parle, est emmenée par le beau-frère de Mme de Courtemanche au Labrador (Canada) en 1718.
Cette dame est la veuve du commandant de la côte du Labrador qui a péri l’année d’avant, peu après une attaque des " Esquimaux ". C’est son fils qui devient commandant. Il apprend la langue des " esquimaux " afin de pouvoir communiquer avec eux et les soumettre. Mme de Courtemanche a déjà deux petites " esquimaudes " qu’elle considère comme ses enfants. Elle change les habits de peau de la petite fille, lui enseigne le français et la nomme Marie-Angélique. Elle a 6 ans. Elle apprend la couture et la lecture. Un chapelain, le père Lair, catéchise les indiens en essayant de faire des analogies entres les déités indiennes et la trinité chrétienne. Mais les esquimaux attaquent le fort en septembre 1719. Marie-Angélique aura prévenu le commandant de l’insoumission des esquimaux dont elle a eu connaissance par une des esclaves-otages esquimaudes qui vit dans la même famille. Elle échappe à l’incendie du fort en 1720.
A 8 ans, le 11 septembre 1720, elle quitte la " terre des esquimaux " avec sa maîtresse et ses trois filles. Elles doivent revenir au printemps suivant. Elles embarquent sur " l’Aventurier ", chargé de morue et " armé en guerre ". Après des tempêtes et de grandes alarmes dues aux bateaux pirates, Marie-Angélique aborde l’Europe par le Portugal. Puis c’est l’Espagne et l’Italie. Enfin, Marseille, le 20 octobre 1720 où sévit la peste qui tuera la moitié de la ville. Le navire est immobilisé et aucun passager ne peut le quitter. Lorsque cela sera permis, l’Aventurier s’en ira sans Marie-Angélique car Mme de Courtemanche fortement endettée ne peut plus subvenir à ses besoins. Marie-Angélique travaille pour un homme nommé Durand ou Ollive : elle tisse la soie. Elle y rencontre une fille noire arrivée de " Palestine-Phénicie ", venue de l’empire Ottoman, qui parle une langue que Marie-Angélique ne comprend pas. Elle devient sa compagne d’infortune.
Toutes deux s’enfuient dans cette Provence encore inquiète de la peste. Marie-Angélique a 9 ans en décembre 1721. Elles fuient les incendies de la forêt provençale, elles se nourrissent de plantes et de fruits, de racines, d’insectes et de petits animaux, de charognes, de gibier ; pas de renard car Marie-Angélique racontera plus tard que sa viande a un goût répugnant. Elles ont dû, pour remplir leur estomac, également manger du bois pourri, de la terre, du miel, de la sève. L’hiver elles résistent au froid en s’enterrant. Elles chassent à l’aide d’un gourdin et d’un genre de lance trouvée on ne sait où et leurs griffes longues et dures leur servent à enlever la peau de leurs victimes. Ces griffes leur servent également à grimper aux arbres pour fuir les loups et les ours.
Marie-Angélique passe 10 ans dans la forêt. Elle se déplace avec sa compagne, veillant l’une sur l’autre en cas de blessure ou de maladie (elles ont pu avoir des affections dues aux eaux de baignade partagée avec les rongeurs (leptospirose), au fait de manger trop de lièvre (tularémie) en plus des parasites, de la malaria, la rage, le risque d’occlusion intestinale, des fracture de membres, le tétanos, etc.). Elles ont dû trouver des plantes qui apaisent les maux de ventre, des gommes, exudats d’arbres, qui adoucissent les plaies et les écorces qui arrêtent les hémorragies. Elles ont pu parcourir 20 000 km à raison d’une lieue et demie quotidienne. Elles fuient les lieux habités. Habillées de peaux de bêtes nouées par les pattes elles affrontent la neige et les tempêtes. Leur corps est couvert de boue qui les protège des insectes, des orties et du gel. Elles passent les premières années ensemble mais sans langue commune, elles communiquent entre elles par des cris, des signes vocaux. Le ciel et les étoiles sont leur plafond. Elles ont pu voir deux éclipses de soleil et quatre de lune pendant cette période. On peut penser qu’elles se trouvent en Lorraine lors du tremblement de terre qui a lieu le 3 août 1728.
Début septembre 1731, à Vitry le François, le sieur de Bar tire sur la compagne de Marie-Angélique et la blesse. Le gentilhomme prétendra l’avoir confondu avec du gibier d’eau. Elle a été trouvée morte du côté de Saint-Martin aux Champs. L’entourage de Marie-Angélique inventera l’histoire selon laquelle c’est elle qui l’a tuée au gourdin lors d’une dispute pour un rosaire trouvé et la lui fera croire. Cependant aucun acte d’inhumation n’a été trouvé, à cette date, sur les registres de plus de 150 villages de Champagne et de Lorraine.
Songy 8 septembre 1731. Elle se laisse prendre et conduire au château du vicomte d’Epinoy. Elle loge chez le berger. Elle est surnommée la bête du berger. " Les curés du voisinage… lui ont fait comprendre… qu’il ne falloit point grimper sur les arbres, cela étant indécent à une fille… ".
Considérée par le philosophe écossais Monboddo, qui l’interrogea en 1765, comme le personnage le plus extraordinaire de son époque, cette femme d’autrefois est tombée en notre oubli ; elle s’efface, depuis plus de deux siècles, derrière toutes les héroïnes de la fiction.
16:38 Publié dans Histoire
20.09.2011
L'heuristique de disponibilité
En psychologie, l'heuristique de disponibilité désigne un mode de raisonnement qui se base uniquement ou principalement sur les informations immédiatement disponibles, sans chercher à en acquérir de nouvelle concernant la situation.
Par exemple, en situation de stress intense, la panique peut faire prendre des risques inconsidérés sur la base d'une heuristique de disponibilité : une personne dans un immeuble en feu cherchera à descendre un escalier enfumé au lieu de se protéger et d'attendre les secours dans un appartement calfeutré. La représentation mentale de l'escalier comme une éventuelle voie de sortie est saillante et prend le pas sur d'autres éléments (comme la possibilité de fumées toxiques, etc.) qui devraient amener à reconsidérer cette option.
L'accessibilité cognitive des représentations mentales peut être liée à différents facteurs et donner lieu à différents types de biais cognitifs :
- Des informations nouvellement acquises sur un événement passé sont plus disponibles que des informations plus anciennes ou concernant des scénarios alternatifs n'aboutissant pas à cet événement. C'est l'une des bases supposées du biais rétrospectif
- Des situations rencontrées fréquemment par le passé sont plus facilement représentées mentalement. Dans ce cas, l'heuristique de disponibilité peut se traduire par une forme de conservatisme.
- Des informations répétées par plusieurs sources ou à plusieurs reprises acquièrent plus facilement une représentation mentale. C'est ainsi qu'une rumeur peut se répandre.
L'heuristique de disponibilité ne mène fort heureusement pas qu'à des conclusions erronées. Au contraire, dans de nombreux cas, il s'agit d'un mode de raisonnement efficace qui permet de résoudre un problème avec un minimum d'effort cognitif.
13:11 Publié dans Psycho/Socio
22.06.2011
Biais de confirmation d'hypothèse
Dans son essai Qu'est-ce que l'art ?, Tolstoï écrit :
« Je sais que la plupart des hommes — non seulement ceux qui sont considérés intelligents, mais même ceux qui sont très intelligents et capables de comprendre les plus difficiles problèmes scientifiques, mathématiques ou philosophiques — peuvent très rarement discerner la vérité même la plus simple et évidente, s'il faut pour cela qu'ils admettent la fausseté des conclusions qu'ils ont formées, et peut-être avec encore plus de difficulté, les conclusions dont ils sont fiers, qu'ils ont enseigné à d'autres, et sur lesquelles ils ont construit leur vie. »
Le biais de confirmation d'hypothèse, est la tendance qu'ont les individus à privilégier les informations qui confirment leurs idées préconçues ou leurs hypothèses (exposition sélective) et/ou d'accorder moins de poids aux hypothèses jouant en défaveur de leurs conceptions.
En conséquence, ces personnes rassemblent des éléments ou se rappellent les informations mémorisées, de manière sélective, et les interprètent d'une manière biaisée. Les biais apparaissent notamment pour des questions de nature affective et des croyances établies.
Par exemple, pour s'informer d'un sujet controversé, celles-ci préfèrent généralement lire des sources qui affirment leur position actuelle. Ils ont aussi tendance à interpréter des preuves équivoques pour appuyer leur position actuelle.
Les biais dans la recherche, l'interprétation et le rappel de la mémoire ont été invoqués pour expliquer :
- l'attitude de polarisation : quand un désaccord devient plus extrême, même si les différentes parties sont confrontés à la même preuve
- l'attitude de persévérance de conviction : quand la croyance persiste après que les preuves la soutenant sont démontrées fausses
- l'effet de primauté irrationnelle : une plus forte importance pour les premières données rencontrées
- l'illusion de corrélation : par laquelle les personnes perçoivent à tort une association entre deux événements ou situations
Des explications pour les biais observés incluent le rôle du désir dans la pensée, et les limitations de la capacité humaine au traitement de l'information.
Une autre hypothèse est que les individus montrent un biais de confirmation, car d'une manière pragmatique ils évaluent le coût d'être dans l'erreur, plutôt que d'enquêter d'une manière neutre ou scientifique.
16:38 Publié dans Psycho/Socio
La thèorie du complot
Selon l'historienne Ariane Chebel d'Appollonia :
La théorie du complot, [...], permet l'économie d'un examen attentif des réalités.
Pierre-André Taguieff a identifié quatre grands principes des croyances conspirationnistes :
- Rien n'arrive par accident ;
- Tout ce qui arrive est le résultat d'intentions ou de volontés cachées ;
- Rien n'est tel qu'il parait être ;
- Tout est lié, mais de façon occulte.
L'utilisation de la théorie du complot peut se rapprocher de la méthode hypercritique : toute contre-argumentation peut sembler faire partie du complot, la personne argumentant étant considérée comme manipulée, voire faisant partie du « complot ».
On peut aussi assister à un renversement de la charge de la preuve : c'est au tenant de l'explication rationnelle de montrer qu'il n'y a pas eu complot, et les arguments qu'il profère peuvent passer pour des manipulations supplémentaires. La théorie du complot se justifie ainsi par elle-même et n'a en cela rien de « scientifique ».
Le conspirationnisme est avant tout une logique particulière par laquelle on articule des données. Or, on peut traiter d'événements authentiques sans que cela garantisse la véracité de la logique par laquelle on les relie entre eux. De fait, hormis les sources a priori crédibles mais finalement non vérifiables, les données utilisées par les théories du complot peuvent être issues aussi bien de faux que de sources authentiques.
Le conspirationnisme peut ainsi se réclamer d'une documentation « vérifiable » et ouverte au public, tout en livrant une interprétation fantaisiste des données. La certitude préalable de l'existence d'un complot implique l'analyse de toute information et de tout fait au travers du prisme de cette théorie du complot. Ce biais cognitif est nommé biais de confirmation d'hypothèse. En outre, à cause d'un défaut de distinction entre les données exploitées et leur mise en relation, le simple fait que des données authentiques soient « insérées dans la trame » de la théorie du complot peut valider à tort la trame elle-même.
Il y a plus faux que le faux, c'est le mélange du vrai et du faux. — Paul Valéry
13:38 Publié dans Psycho/Socio
23.12.2010
Lois éponymes et principes célèbres
Loi de Parkinson :
Le travail s’étale de façon à occuper le temps disponible pour son achèvement. Principe appliqué à l'informatique : les données s’étendent jusqu’à remplir l’espace disponible pour leur stockage. On augmente les besoins jusqu'à ressentir toujours la même étroitesse des supports de stockage, malgré cette augmentation.
Loi de Hofstadter (ou Loi de glissement de planning):
La loi de Hofstadter déclare que : « Ça prend toujours plus de temps qu'on croit, même en prenant en compte la loi de Hofstadter. »
Le syndrome de l'étudiant :
Peu importe le temps qu'une personne a pour faire une tâche, elle risque d'être en retard. Pourquoi ? Parce que les travaux débutent très souvent au dernier moment. D'ailleurs, plusieurs disent qu'ils travaillent mieux sous pression. Les premiers jours sont donc perdus inutilement.
Le Principe de Peter ou « syndrome de la promotion Focus » :
Tout employé tend à s'élever à son niveau d'incompétence. Un employé compétent à un poste donné est promu à un niveau hiérarchique supérieur ; un incompétent à un poste donné n'est pas promu à un niveau supérieur. A long terme, tous les postes finissent par être occupés par des employés incompétents pour leur fonction. La majorité du travail est effectuée par des salariés n'ayant pas encore atteint leur « seuil d'incompétence ».
Loi de Brooks :
Ajouter des personnes à un projet en retard accroît son retard. La plupart des tâches ne sont pas partitionnables et que les nouveaux arrivants vont faire perdre du temps aux équipes en place en temps de communication. On constate que loi de Brooks ou pas, plus une équipe est grande plus le temps perdu pour la communication l'est aussi. Le paramètre taille d'une équipe influe comme une loi de rendement décroissant dans la productivité en informatique. L'analogie pour le monde réel est qu'en étant 300 dans une cuisine de 30 m² il y a peu de chance de pouvoir faire un aussi bon travail qu'à 3 personnes.
Le mythe du mois-homme :
Le mois-homme, c'est le travail d'un homme pendant un mois. Le seul fait d'utiliser cette unité tend à faire croire qu'un travail de 1 personne pendant n mois peut parfaitement être réalisé par n personnes pendant 1 mois ; selon cette idée, on pourrait diviser les temps de développement par deux en mettant deux fois plus de personnel. Or, expérimentalement, cela est faux. Le proverbe pour exprimer cette idée est : « Neuf femmes ne font pas un enfant en un mois ».
Loi de Gall :
Un système complexe qui fonctionne se trouve invariablement avoir évolué depuis un système simple qui fonctionnait. La proposition inverse se révèle également exacte: Un système complexe développé de A à Z ne fonctionne jamais et vous n'arriverez jamais à le faire fonctionner. Vous devez recommencer depuis le début, en commençant par un système simple.
Le rasoir d'Hanlon :
Ne jamais attribuer à la malignité ce que la stupidité suffit à expliquer.
21:51 Publié dans Psycho/Socio
23.10.2010
L'effet "Noix du Brésil" ou "Effet muesli"
Cet effet est un phénomène important étudié par les groupes de recherche sur les matériaux granulaires. C'est l'expression utilisée pour décrire ce qui se passe quand on secoue une boîte de noix assorties de haut en bas pendant un certain temps. Après quelques secousses, les petites arachides se retrouvent au fond et les grandes noix du Brésil se retrouvent sur le dessus. D'habitude, ce sont les grands objets denses qui se déposent au fond et les objets légers qui se retrouvent sur le dessus. La différence avec les matériaux granulaires, c'est qu'ils s'écoulent. Et le sable, tout comme les liquides, s'écoule.
Le mouvement de convection :
Imaginez un contenant rempli de sable. Lorsqu'on le secoue de haut en bas, les grains s'écoulent d'une façon spécifique. Chaque grain se déplace de bas en haut par le centre, horizontalement à la surface, et de haut en bas le long des parois. C'est ce qu'on appelle le mouvement de convection. Si on ajoute une bille dans le sable, elle est emportée par le mouvement de convection et monte à la surface. Mais elle y reste, car, étant plus grosse qu'un grain de sable, les courants de convection sont trop étroits pour lui permettre de redescendre le long des parois avec le sable.
Variations :
Depuis des années, les physiciens étudient des variations de l'effet «noix du Brésil» . Ils ont découvert qu'on obtient l'effet inverse avec un contenant d'une autre forme! Quand on secoue un contenant de forme conique, la bille placée à la surface est entraînée vers le fond étroit, parce que le mouvement de convection se fait dans la direction opposée. Les variations de densité de la bille et la quantité d'air entourant les grains de sable ont un effet important sur la vitesse de la bille. Si on réduit la pression d'air, la bille remonte beaucoup plus vite.
11:44 Publié dans Science
24.06.2010
L'effet Dunning-Kruger
Le phénomène de l'incompétence a été étudié par deux psychologues américains, David Dunning et Justin Kruger, et leurs résultats furent publiés en Décembre 1999 dans la revue Journal of Personality and Social Psychology. Au travers d'une série d'expériences dirigées par Dunning et Kruger, il a été démontré que les personnes incompétentes ne se rendent pas compte de leur incompétence.
L'étude illustre qu'à l'incompétence se greffe l'incapacité à s'auto-évaluer adéquatement et de s'apercevoir de ses propres lacunes. Catapulté par la certitude d'être efficace, l'incompétent n'a aucun complexe à vanter ses atouts, démontre une grande confiance en lui et est peu conscient de ses erreurs. De plus, l'incompétent ne peut reconnaître la compétence chez les autres
08:58 Publié dans Psycho/Socio
22.02.2010
Obtenir un total T avec 2 dés..
La probabilité d'obtenir un total T avec 2 dés est indiqué dans le tableau ci dessous.
| | | Combinaisons |
| | | 1+1 |
| | | 2+1 ; 1+2 |
| | | 3+1 ; 2+2 ; 1+3 |
| | | 4+1 ; 3+2 ; 2+3 ; 1+4 |
| | | 5+1 ; 4+2 ; 3+3 ; 2+4 ; 1+5 |
| | | 6+1 ; 5+2 ; 4+3 ; 3+4 ; 2+5 ; 1+6 |
| | | 2+6 ; 3+5 ; 4+4 ; 5+3 ; 4+4 |
| | | 3+6 ; 4+5 ; 5+4 ; 6+3 |
| | | 6+4 ; 5+5 ; 4+6 |
| | | 6+5 ; 5+6 |
| | | 6+6 |
15:00 Publié dans Statistique
26.09.2009
Le sophisme du joueur
On dit aussi le paralogisme du joueur (un paralogisme est faux comme le sophisme mais, à la différence de celui-ci, il n’est pas présenté avec l’intention de tromper l’interlocuteur) ou encore le sophisme de Monte-Carlo. Il s’agit d’une illusion très commune chez ceux qui jouent aux jeux de hasard mais ne se résignent pas à admettre que seul le hasard, précisément, joue et que la seule chose que nous puissions connaître en ce domaine nous est donnée par le calcul des probabilités.
Au jeu de pile ou face, admettons que pile soit sorti cinq fois de suite. Nombre de joueurs penseront alors qu’au sixième coup, face aura plus de chances de sortir, comme si pile, après une série de cinq, avait épuisé ses propres chances. Le calcul des probabilités nous dit que, au sixième coup, même après cinq pile (à condition, bien sûr, que la pièce ne soit pas pipée), pile aura toujours une chance sur deux de sortir, ni plus ni moins qu’auparavant.
Le sophisme du joueur consiste à imaginer implicitement, sans le savoir, une sorte de mémoire dans la chose. Cette illusion est très commune : quel joueur de loto aurait l’audace de cocher sur sa grille les numéros qui viennent tout juste de sortir ? Ces six-là ont pourtant toujours la même chance qu’avant mais personne, ou presque, ne le croira.
09:19 Publié dans Psycho/Socio
25.09.2009
La loi de Godwin
Cette « loi » s'appuie sur l'hypothèse selon laquelle une discussion Usenet qui dure dans le temps amène peu à peu les esprits à s'échauffer et à remplacer les arguments par des insultes, ou à utiliser des arguments ou des analogies extrêmes. L'exemple le plus courant consiste à effectuer un rapprochement avec le nazisme, soit en comparant le thème de la discussion avec une idéologie extrémiste, soit en traitant son interlocuteur de nazi.
Si le sujet de la discussion était très éloigné d'un quelconque débat d'idéologies, une comparaison inappropriée de ce genre est considérée comme le signe de l'échec de la discussion. On estime alors qu'il est temps de clore le débat, dont il ne sortira plus rien de pertinent, pour repartir sur des bases saines : on dit que l'on a atteint le « point Godwin » de la discussion.
Parfois, ce sera le cas suite à l'intervention d'un troll, notamment sous la forme d'un sophisme. Un message de troll, ou une suite de tels messages menant à une vérification de la loi de Godwin sont un exemple de thought-terminating cliché. Les francophones jouent souvent sur deux sens du mot « point » : il peut désigner soit le moment de la discussion auquel le dérapage survient – dans ce sens du terme, on atteint le point Godwin – soit le point en tant que récompense.
Ainsi, un point Godwin est un point (en langage scolaire, on dirait un mauvais point) attribué au participant qui aura permis de vérifier la loi de Godwin en venant mêler Adolf Hitler, le nazisme ou toute idéologie extrémiste à une discussion dont ce n'est pas le sujet ; dans ce sens du terme, on marque ou gagne un point Godwin.
En rhétorique, l'existence de la pseudo-locution latine Reductio ad Hitlerum est attestée depuis les années 1950. Dans le folklore Usenet, on considère que vérifier la loi de Godwin revient à « perdre » le débat. Cependant, certains considèrent que le fait de clore un débat en invoquant cette loi n'est qu'une façon de fuir la discussion avec ceux qui n'ont pas utilisé ce genre de comparaisons. D'autres remarquent que cette loi peut être difficile à invoquer dans une discussion, car cela reviendrait à tenter de jeter le discrédit sur l'interlocuteur. Quand on attribue le point à un autre intervenant, on peut simplement lui dire « vous avez gagné un point Godwin », ou bien dessiner un point en Art ASCII, comme s'il s'agissait d'un document établi sur papier.
15:41 Publié dans Psycho/Socio
22.08.2009
Les Trois Lois de la Robotique
Première Loi :
Un robot ne peut blesser un être humain ni, par son inaction, permettre qu'un humain soit blessé.
Deuxième Loi :
Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi.
Troisième Loi :
Un robot doit protéger sa propre existence aussi longtemps qu'une telle protection n'est pas en contradiction avec la Première et/ou la Deuxième Loi.
Isaac Asimov
10:42 Publié dans Psycho/Socio
14.01.2009
Les radars, la ceinture à quoi ça sert ?
Pour améliorer le comportement des usagers, les principales actions,en dehors de la communication (information et campagnes), de la mobilisation locale et de l’éducation, sont le contrôle et les sanctions :
- En 2007 , le nombre d’infractions sanctionnées hors stationnementest de 13 millions (contre 12,1 en 2006), la part du contrôle automatisé étant de 6,7 millions.
- Les contrôles d’alcoolémie ont fortement augmenté au cours des dix dernières années : ils sont passés de 6,8 millions de dépistages préventifs en 1998 à 8,9 millions en 2007 .
- Le permis à points joue un rôle important pour améliorer les comportements. En 2007 , un peu moins de 6 millions d’infractions ont donné lieu au retrait de 9,5 millions de points, mais seulement 90000 conducteurs ont eu leur permis invalidés.
Nombres de morts sur les routes de france métropolitaine :
| 1998 | 8437 | 2004 | 5593 |
| 1999 | 8029 | 2005 | 5318 |
| 2000 | 7643 | 2006 | 4709 |
| 2001 | 7720 | 2007 | 4620 |
| 2002 | 7242 | 2008 | 4272 |

Source : http://www2.securiteroutiere.gouv.fr/IMG/Synthese/SY_BIL.pdf
09:48 Publié dans Statistique
16.10.2008
Le phénomène d'exposition sélective
Pour nous convaincre que notre choix était le meilleur, nous recherchons l'information qui soutient ce choix, alors que nous ignorons l'information qui ne le supporte pas. Certains personnes poussent même l'exposition sélective jusqu'à noter soigneusement les mauvaises caractéristiques de l'option rejetée.
Ce que nous voyons, ce que nous percevons et sur quoi nous pourrions "témoigner", est en partie déterminé par ce à quoi nous pensons à l'instant précis de l'observation. Nos désirs profonds, nos motifs - modulés par nos expériences passées - ne font souvent qu'être renforcés, inconsciemment ou non par l'"exposition sélective".
Cette exposition sélective est un principe psychologique bien documenté qui nous montre que nous choisissons nos revues, nos quotidiens, nos stations de radio, nos magazines de télévision et même nos autorités de manière à ce que nos vues soient largement confirmées plutôt qu'infirmées ! Et si, malgré cela, nous "subissons" une information contraire, il nous reste toujours le recours à la "validation subjective" qui permet, dans un tel cas, de recevoir incorrectement ou interpréter différemment la donnée contraire à nos désirs. Cette validation personnelle est l'une des raisons principales de la persistance des arts divinatoires.
La "validation subjective" permet ainsi de percevoir comme reliés deux événements qui ne le sont pas et cela simplement parce qu'une envie, une hypothèse ou une croyance demande ou nécessite une telle relation; tout simplement parce que l'horoscope l'annonce. Ce qui débouche quasi inévitablement sur le comportement superstitieux, comportement basé sur la certitude que ses propres actions déterminent le cours des événements même si dans la réalité il n'en est rien.
10:35 Publié dans Psycho/Socio
15.01.2008
La jeunesse difficile
Socrate - 470-399 avant J.C. :
« Notre jeunesse aime le luxe, elle est mal élevée, elle se moque de l'autorité et n'a aucune espèce de respect pour les anciens. Nos enfants d'aujourd'hui sont des tyrans. Ils ne se lèvent pas quand un vieillard entre dans une pièce, ils répondent à leurs parents et ils sont tout simplement mauvais. »
Hésiode - 720 avant J.C. :
« Je n'ai plus aucun espoir pour l'avenir de notre pays si la jeunesse d'aujourd'hui prend le commandement demain parce que cette jeunesse est insuportable, sans retenue, tout simplement terrible. »
Prêtre égyptien - 2 000 avant J.C. :
« Notre monde a atteint un stade critique. Les enfants n'écoutent plus leurs parents. La fin du monde ne peut pas être très loin. »
Inscription sur une poterie babylonienne - 3 000 avant J.C. :
« Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du coeur. Les jeunes gens sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d'autrefois. Ceux d'aujourd'hui ne seront pas capables de maintenir notre culture »
17:25 Publié dans Citation
20.12.2007
Pascal et la relativité de la justice
Sur quoi la fondera-t-il, l'économie du monde qu'il veut gouverner? Sera-ce sur le caprice de chaque particulier? Quelle confusion! Sera-ce sur la justice? Il l'ignore.
Certainement s'il la connaissait, il n'aurait pas établi cette maxime, la plus générale de toutes celles qui sont parmi les hommes, que chacun suive les mœurs de son pays; l'éclat de la véritable équité aurait assujetti tous les peuples, et les législateurs n'auraient pas pris pour modèle, au lieu de cette justice constante, les fantaisies et les caprices des Perses et des Allemands. On la verrait plantée par tous les Etats du monde et dans tous les temps, au lieu qu'on ne voit rien de juste ou d'injuste qui ne change de qualité en changeant de climat. Trois degrés d'élévation du pôle renversent toute la jurisprudence, un méridien décide de la vérité; en peu d'années de possession, les lois fondamentales changent; le droit a ses époques, l'entrée de Saturne au Lion nous marque l'origine d'un tel crime. Plaisante justice qu'une rivière borne! Vérité au-deça des Pyrénées, erreur au-delà.
Ils confessent que la justice n'est pas dans ces coutumes, mais qu'elle réside dans les lois naturelles, connues en tout pays. Certainement ils le soutiendraient opiniâtrement, si la témérité du hasard qui a semé les lois humaines en avait rencontré au moins une qui fût universelle; mais la plaisanterie est telle que le caprice des hommes s'est si bien diversifié, qu'il n'y en a point.
Le larcin, l'inceste, le meurtre des enfants et des pères, tout a eu sa place entre les actions vertueuses. (…)
De cette confusion arrive que l'un dit que l'essence de la justice est l'autorité du législateur, l'autre la commodité du souverain, l'autre la coutume présente; et c'est le plus sûr : rien suivant la seule raison, n'est juste de soi; tout branle avec le temps. La coutume fait toute l'équité, par cette seule raison qu'elle est reçue; c'est le fondement mystique de son autorité. Qui la ramène à son principe, l'anéantit.
08:45 Publié dans Citation
31.03.2007
Le Paradoxe des Anniversaires
Il existe une chance sur deux pour que dans un groupe de 20 personnes, 2 d'entre-elles soient nées le même jour !!!
Comme il y a 365.25 jours par an on peut espérer que pour que l'on ai cinquante pour cent de chance, il faut au moins considérer un groupe de 180 personnes.
Mais ici, on ne demande pas quelqu'un qui ai le même jour de naissance qu'une personne précise, mais deux, prises au hasard dans le groupe.
Il faut tout d'abord que la deuxième personne ne soit pas né le même jour que le premier, soit :
une probabilité de 364/365.
En supposant que ce soit le cas, il faut de plus que la troisième personne ne soit né, ni le jour du premier, ni le jour du deuxième, on obtient alors
une probabilité de 363/365.
Et en continuant comme cela pour tout le groupe, on arrive à un calcul de la probabilité qui est de
(364/365) x (363/365) x ... x (344/365) = 0,55 pour 20 personnes.
Si, de plus, on inclus le fait que la majorité des naissances s'effectue au printemps et à l'automne, nous arrivons à notre but.
20:20 Publié dans Statistique
19.12.2006
Dieu et l'argent
La Bible et le Coran contiennent des versets qui condamnent fermement la pratique du prêt à intérêt.
Cet interdit est exprimé en particulier dans l'Ancien Testament, au vingt-troisième chapitre du Deutéronome (23-19): "Tu ne prêteras pas à intérêt à ton frère, intérêt d'argent ou intérêt de nourriture, de toute chose qui se prête à intérêt". Le verset suivant ajoute cependant une restriction importante : « Tu pourras tirer un intérêt de l'étranger, mais tu n'en tireras point de ton frère, afin que l'Éternel, ton Dieu, te bénisse dans tout ce que tu entreprendras au pays dont tu vas entrer en possession.» (23-20). La condamnation du prêt à intérêt, présenté comme une pratique contraire à la justice, se trouve aussi dans Ezéchiel, au huitième verset du livre dix-huit.
Dans le Nouveau Testament, la formulation de cet interdit est moins explicite. On trouve néanmoins dans Luc, 6, les versets suivants : "Et si vous prêtez à ceux de qui vous espérez recevoir, quel gré vous en saura-t-on ? Les pécheurs aussi prêtent aux pécheurs, afin de recevoir la pareille." (34) ; "Mais aimez vos ennemis, faites du bien, et prêtez sans rien espérer. Et votre récompense sera grande, et vous serez fils du Très Haut, car il est bon pour les ingrats et pour les méchants." (35)
En ce qui concerne le Coran, on peut citer notamment le verset 275 de la Sourate Al-Baqarah (La vache) : « Ceux qui mangent [pratiquent] de l’intérêt usuraire ne se tiennent (au jour du jugement dernier) que comme se tient celui que le toucher de Satan a bouleversé. Cela parce qu’ils disent : «le commerce est tout à fait comme l’intérêt». Alors qu’Allah a rendu licite le commerce et illicite l’intérêt». La dénonciation de la pratique de l'intérêt se retrouve également dans la Sourate Ar-Rum (Les Romains) « Tout ce que vous donnerez à usure pour augmenter vos biens au dépens des biens d'autrui ne les accroît pas auprès d'Allah, mais ce que vous donnez comme Zakat, tout en cherchant la Face d'Allah (Sa satisfaction)… Ceux-là verront [leurs récompenses] multipliées. » (Sourate 30 - verset 39).
L’Église catholique romaine a interdit le prêt à intérêt à ses fidèles pendant tout le Moyen Âge, en prenant appui non seulement sur la Bible, mais aussi sur la critique de la chrématistique par Aristote. Pour le philosophe grec, l'argent ne devait pas pouvoir "faire des petits". L’interdit a toutefois été partiellement contourné, au cours de la période médiévale, en faisant appel aux juifs, qui de leur côté pouvaient accepter de prêter à intérêt en vertu du verset 23-20 du Deutéronome : « Tu pourras tirer un intérêt de l’étranger… » (23-20).
La Réforme protestante, par la voix de Calvin en particulier, a contribué à la levée progressive de l'interdit du prêt à intérêt dans les pays européens. Cependant, les lois contre l'usure n'ont été officiellement abrogées dans ces pays qu'au cours du XIXe siècle, le plus souvent.
Aujourd'hui, seul l'islam continue de faire valoir cet interdit auprès de ses fidèles. Il existe d'ailleurs un nombre croissant de banques islamiques, installées y compris dans des pays occidentaux (ex. : la Lariba American Finance House aux États-Unis), offrant des produits financiers non fondés sur le prêt à intérêt. Le succès de ces banques, qui ont fait leur apparition dans le seconde partie du XXe siècle, a incité récemment des banques occidentales conventionnelles à proposer, elles aussi, des produits financiers « islamiques », destinés à leur clientèle musulmane.
10:55 Publié dans Histoire
09.12.2006
Les momies blanches du Xinjiang
2 000 ans avant Jésus-Christ, des individus de type européen habitaient dans les contrées les plus reculées de la Chine.
Lorsque le sinologue américain Victor Main repère par hasard en 1988 de curieuses momies sous verre, complètement oubliées dans une salle sombre du modeste musée d'Urumqi, il a un coup au coeur. Que font ces corps naturellement momifiés, de grands Indo-Européens, admirablement préservés malgré leurs 3 000 ou 4 000 ans d'âge (au temps des pharaons) et récemment découverts, dans une des régions les plus reculées du monde, le désert du Taklamakan, à l'ouest de la Chine ? Chacun des personnages, à la stature parfois très haute (un géant aux cheveux et poils de barbe châtain clair mesure près de deux mètres), au modelé du visage conservé malgré le poids des millénaires, provoque une formidable émotion. Ainsi la «Beauté de Kroran», belle femme momifiée, est devenue l'égérie des autonomistes ouïgours. Ou le «Bébé bleu», enfant de 6 mois enveloppé dans un drap de laine pourpre et coiffé d'un bonnet bleu. Certains tissus de style écossais et aux couleurs chatoyantes sont similaires à ceux que fabriquaient les Celtes d'Europe centrale il y a 3 000 ans. «Ces découvertes révolutionnent nos connaissances et apportent un regard nouveau sur les liens entre les cultures indo-européennes et celle de la Chine. De toute évidence, la civilisation chinoise ne s'est pas développée en vase clos», remarque Pierre-Antoine Bernheim. Et ces mystérieuses momies blanches, drapées dans leurs étoffes et leurs secrets, apportent une réponse possible sur l'origine d'une étrange langue indo-européenne (le tokharien), dont on trouve la trace dans le Xinjiang.
Les fouilles se poursuivent. Mais, d'ores et déjà, le doute n'est plus permis : aux temps les plus lointains, les Européens s'établissaient dans les provinces les plus reculées de la Chine. Ce qui, dans le contexte actuel, prend aussi une certaine saveur.
10:30 Publié dans Histoire
